une-seule-fleur-par-jour-.pngDe retour chez moi, j’ai découvert des marguerites dans le pré qui s’étendait derrière notre maison. Je me suis assise et je les ai observées. Elles avaient l’air de me sourire et elles réchauffaient mon cœur. Je fus soulagée pendant un temps. Mais bientôt, mes problèmes ont envahi de nouveau mes pensées. Comment ces fleurs, si jolies soient-elles, pouvaient-elles m’aider à me défaire de mon sentiment de désespoir ? Je me suis sentie de nouveau déprimée. Cependant, une petite voix me chuchoté : « Une fleur à la fois ! »

Sans me demander qui m’exhortait ainsi, j’ai cueilli une marguerite, je l’ai emportée à la maison et l’ai mise dans un vase. Au crépuscule, j’étais là, encore effondrée, devant la petite fleur, mais lorsque j’ai allumé une bougie, je fus surprise par l’éclat de ses pétales. Mes pensées se concentrèrent sur leur beauté et mon esprit sembla s’alléger d’autant et s’éclairer.

Je me suis réveillée, le lendemain matin, plus reposée qu’auparavant. Mais lorsque j’ai cherché du regard ma marguerite, un triste spectacle s’offrit à moi. Elle avait dépéri et s’était fanée. Après avoir réussi à surmonter ma déception, je suis allée au marché. Devant l’étal d’un fleuriste, j’ai trouvé une rose esseulée tombée à terre. L’ayant ramassée, je me suis tout de suite sentie réconfortée. En la plaçant à mon retour dans un vase, je lui ai dit : « Ne me laisse pas tomber ! J’ai besoin de toi ! ». Je me suis émerveillée de sa beauté et de sa floraison comme je ne l’avais jamais fait. La paix et le silence me pénétraient. J’ai pu rassembler mes idées et, peu à peu, je les ai remises en ordre.

Après quelques semaines de soins et d’attention accordés chaque jour à une fleur, je me sentis beaucoup mieux. De nouvelles pensées me vinrent, je me mis à lire des livres intéressants et à revoir des amis. C’était comme si la fleur me disait ce qu’il fallait faire chaque jour. Je débordais de reconnaissance pour sa beauté, sa couleur, sa forme, et ce qu’elle me suggérait. Grâce à mes pensées de gratitude, une confiance nouvelle grandissait en moi. Ce faisant, ma voix intérieure me parla plus clairement. J’étais de plus en plus heureuse. Les pensées sombres et pesantes s’étaient dissipées. Peu à peu, ma vie quotidienne se reconstruisait dans la joie.

C’était il y a bien des années. Mais je prends encore le temps de m’intéresser à quelques fleurs chaque jour.

Auteur : Marion E. Jacob
Source : Magazine Monde du Graal N° 296 – JAN-FEV-MARS 2014